Si vos enfants apprenaient autrement ? - décembre 2011


Si vos enfants apprenaient autrement ? Notre reportage à Hérouville Saint-Clair

06/12/2011

Au Collège lycée expérimental (Cle) d’Hérouville Saint-Clair, il n’y a pas de sonnerie, on y tutoie les professeurs et on termine les cours « classiques » à 14 h… Côté Caen s’est plongé dans ces pédagogies alternatives qui peuvent permettre de réconcilier certains élèves avec l’école.

Dans une petite salle de classe ensoleillée, une dizaine d’enfants. Bienvenue en 5e au Collège lycée expérimental (Cle) d’Hérouville Saint- Clair. Les élèves sont assis en rond, autour de Virginie, professeure d’éducation sportive et « tutrice » du groupe. C’est la rentrée, chacun se présente. Puis, le petit groupe discute du fonctionnement et des règles de l’établissement : « Comment ça se passe quand on va à la cantine ? Quelles sont les règles ? », interroge la prof. Les élèves répondent en levant la main : « Il ne faut pas gaspiller la nourriture », glisse une petite fille, timidement. « Oui, tu as raison, mais encore ? », continue Virginie, se tournant vers les autres élèves. « Heu… Il faut se laver les mains avant de manger », ajoute un ado.
Tous les vendredis, ce petit groupe, qui n’est pas issu de la même classe, se retrouve pour faire un bilan de la semaine. « On y parle des problèmes éventuels, des résultats de chacun, de l’orientation… », explique Fabien Tesson, professeur d’histoire-géographie. Et une fois toutes les deux ou trois semaines, l’élève a un rendez-vous personnel avec le tuteur. « Au Cle, on peut tutoyer les profs et les appeler par leur prénom », s’étonne Pablo, 11 ans. Les collégiens et lycéens peuvent aussi se mélanger. « Des lycéens volontaires viennent nous faire l’aide au travail deux fois par semaine », poursuit Pablo. « C’est un moyen de valoriser les lycéens, mais aussi de leur faire comprendre notre métier », analyse Fabien Tesson.
Ici comme ailleurs, des cris transpercent la cour de récréation. Mais au Cle, il n’y a pas de sonnerie ! « Vous pourrez aller manger à partir de 12h, alors regardez votre montre ! », lancent les enseignants aux élèves, « pour les responsabiliser ». Au Cle, les « cours magistraux » se terminent à 14h, le temps d’enseignement y est réduit de 25% par rapport aux établissements classiques. L’après-midi est occupé par d’autres activités, « qui ne sont pas pour autant des temps de non-travail », précise Fabien Tesson.

« Le matin, j’enseigne l’histoire, l’après-midi : la musique »

Le lundi, ce sont les ateliers culturels : « De la musique, du théâtre, des arts plastiques, mais aussi du slam, des cours de cinéma… ». Ainsi, le matin Fabien Tesson enseigne l’histoire et l’après-midi : la musique ! Les mardis et jeudis après-midi, ce sont « les aides au travail ». Le vendredi, place au bilan avec le tuteur. Et un vendredi toutes les trois semaines, « les matières se décloisonnent ». Par exemple, un cours d’histoire sera alimenté par des cours de musique, d’arts plastiques et de français en même temps. Ces méthodes sont inspirées, entre autres, de la pédagogie de Célestin Freinet qui met l’élève au centre du système (lire ci-dessous).
Sur les quatre lycées publics expérimentaux mis en place par l’Éducation nationale en 1982 (Oléron, Saint-Nazaire, Paris), le Cle d’Hérouville Saint-Clair est le seul à se proclamer « pour tous les publics ». Les autres s’adressent surtout à des publics en difficulté. Au Cle, le recrutement se fait sur dossier scolaire. « On accepte une candidature sur deux, car on ne peut pas accueillir plus de 360 élèves dans ce bâtiment. On essaye de sélectionner 25% d’enfants en difficulté, 25% de bons et 50% d’élèves moyens. L’hétérogénéité est importante, insiste Fabien Tesson. Cependant, nous recevons pas mal d’élèves, surtout au lycée, qui ont complètement décroché du système scolaire. Et, avec nos méthodes, ils arrivent à reprendre le chemin de l’école. »

Ici, la direction est élue !

Le Cle est une antenne du lycée Fresnel de Caen. L’établissement dépend, comme n’importe quel collège ou lycée, de l’Éducation nationale. Mais les professeurs doivent postuler pour venir y travailler. « Ils sont sélectionnés par l’équipe déjà en place. » La direction est élue pour deux ans par l’équipe pédagogique, « et le chargé de direction conserve des heures de cours. C’est très important pour qu’il garde pied avec le métier ».
Le Cle prépare au brevet des collèges et au baccalauréat comme tous les établissements scolaires. En 2010, le taux de réussite au bac était de 72%. Mais, selon Fabien Tesson, « si l’examen est important, ce n’est pas une fin en soi. Si un de nos élèves quitte le lycée pour aller faire une formation qui lui convient mieux, c’est aussi une réussite ! ».

La pédagogie Freinet, késako ?

La pédagogie Freinet a été mise au point par Célestin Freinet, un instituteur de Bar-sur-Loup, dans les Alpes-Maritimes, peu après la Première Guerre mondiale. Il a développé de nombreux outils, qui se distinguent de l’apprentissage scolaire classique, notamment le travail autonome à l’aide de fiches individuelles ; la correspondance avec d’autres classes ; le journal scolaire quotidien, et même la coopérative scolaire gérée par les élèves avec des achats de disques, des locations de films, des distributions de tâches, ménagères, etc…

Au rythme de l’enfant

Sa pédagogie est centrée sur l’enfant, pour qu’il apprenne à son propre rythme. Aujourd’hui, certains établissements, comme l’école Célestin Freinet à Hérouville Saint-Clair, appliquent des méthodes issues de cette pédagogie. « L’apprentissage fonctionne vraiment au cas par cas, détaille Sarah Venard, inscrite en master enseignement à l’IUFM de Caen et qui a effectué un stage d’observation d’une semaine au sein de cette école hérouvillaise. Les enfants ont chacun leur petit programme fixé par le professeur. Chacun va chercher la fiche qui correspond à son niveau et travaille en autonomie dessus. Une fois qu’il a terminé, il se fait corriger par l’enseignant et passe au niveau suivant. L’enfant est vraiment acteur de son apprentissage et il est moins confronté à l’échec que dans les écoles classiques. »
L’enseignant met aussi en place des temps de conseils, où les élèves font part de leurs difficultés, y compris relationnelles. « Des fois, c’est un peu le règlement de comptes ! », admet Sarah. Ces bilans sont présidés par un élève, qui donne la parole et organise la réunion.
D’autres exercices comme les exposés hebdomadaires, la présentation d’un article de journal tous les matins par un élève ou encore les « quoi de neuf ? », où trois enfants présentent une histoire devant la classe sont des moyens de développer leur imaginaire, mais aussi « d’apprendre à s’écouter ». « Et, une fois par semaine, il y a un temps de décloisonnement, où toutes les classes sont mélangées pour profiter des ateliers artistiques (théâtre, peinture, musique danse)… ».
Pour l’étudiante, « les élèves paraissent vraiment autonomes et très réfléchis, au milieu d’une bonne ambiance où il y a beaucoup d’entraides. »